
Le vent soufflait fort ce jour-là sur les remparts de Saint-Malo. Les vagues venaient s’écraser contre les pierres, éclaboussant d’écume les passants emmitouflés. Au pied de la grande statue de Surcouf, un enfant s’était arrêté.
Il leva les yeux vers la silhouette de bronze, fière, immobile, tournée vers la mer. Le corsaire semblait surveiller l’horizon, comme s’il attendait encore un navire ennemi.
L’enfant resta là longtemps, silencieux. Dans sa tête, quelque chose venait de s’allumer.
Puis il descendit vers la plage.
Le sable était humide, strié par le vent. Il s’assit près d’un rocher, ramassa un morceau de bois poli par la mer et traça une ligne devant lui.
— Ici… c’est mon bateau, murmura-t-il.
Le vent redoubla, mais dans son esprit, ce n’était plus le même vent.
C’était celui des grandes traversées.
Le grondement des vagues devint le fracas d’une mer déchaînée. Le bois dans sa main se transforma en sabre. Le rocher derrière lui devint le mât d’un navire immense. Et lui… il n’était plus un enfant.
Il était capitaine.
— À tribord ! cria-t-il en se levant d’un bond.
Son équipage imaginaire courait sur le pont. Des voiles claquaient. Un cri retentit :
— Navire à l’horizon !


L’enfant plissa les yeux, fixant la ligne grise entre ciel et mer. Là-bas, dans son rêve, un galion chargé d’or tentait de fuir.
— On ne le laissera pas s’échapper, dit-il avec un sourire.
Son cœur battait fort. Il sentait le sel sur ses lèvres, le vent dans ses cheveux, la liberté immense de l’océan. Plus rien n’existait que l’aventure.
Il sauta du rocher, atterrissant dans le sable comme sur le pont de son navire.
— À l’abordage !
Il courut, trébucha, se releva en riant. Ses bottes invisibles frappaient les planches imaginaires. Les cris, les sabres, les cordages… tout était là.
Puis une vague plus forte que les autres arriva, roulante, brillante.
Elle vint lécher ses pieds.
Le monde se calma.
Le galion disparut. L’équipage aussi. Le mât redevint rocher.
L’enfant resta immobile un instant.
Puis il regarda la mer.
Elle était toujours là, immense, mystérieuse.
Il se retourna vers les remparts, vers la statue au loin.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— Un jour… murmura-t-il.
Et il repartit, laissant derrière lui ses traces sur le sable… déjà effacées par la mer, comme un secret entre lui et l’océan.

